• Souvenirs d’Ami Boué

Le phénomène de retrait-gonflement des argiles, bien que non dangereux pour l’homme, engendre chaque année sur le territoire français des dégâts considérables aux bâtiments. En raison notamment de leurs fondations superficielles liées à leur faible poids, les maisons individuelles sont particulièrement vulnérables à ce phénomène. Plusieurs centaines de milliers d’habitations sinistrées, réparties sur la quasi-totalité du territoire métropolitain ont été concernées, au cours des dernières années. Il s’agit ainsi du deuxième poste d’indemnisation en termes de catastrophes naturelles après les inondations.

 

Description sommaire du phénomène

Les sols contenant des minéraux argileux présentent la particularité de voir leur état et leur consistance se modifier en fonction de la teneur en eau. Ils peuvent être rigides à faible humidité et devenir plastiques voire liquides lorsque cette humidité augmente. Ces variations d’état s’accompagnent de variations de volume plus ou moins importantes en fonction de la nature minéralogique des composants argileux. Les changements de teneur en eau sont directement liés aux conditions météorologiques. Pendant les épisodes secs, la teneur en eau diminue et le sol se rétracte (retrait), alors qu’en période pluvieuse le volume augmente (gonflement).Ces variations de volume entrainent des mouvements différentiels en surface qui peuvent être plus ou moins dommageables pour les fondations superficielles et se traduisent par l’apparition de fissures dans la structure. Les éléments verticaux (voiles, parements de puits, fûts de pieux…) sont également soumis à ces efforts parasites. En général, seule la zone la plus superficielle du sol subit les variations de volume (de 0 à 2 m de profondeur).

D’une manière globale, on peut  distinguer d’une part des facteurs de prédisposition pour ces phénomènes : nature des terrains, conditions hydrogéologiques, topographie du site, végétation (arbres proches), défauts de construction et d’autre part des facteurs de déclenchement : pluviométrie, fuite dans les réseaux par exemple.

 

Effets sur les bâtiments

Les mouvements des structures induit par la rétractation et le gonflement des argiles se traduisent principalement par des fissurations des murs porteurs, souvent obliques, et passant par les points de faiblesse que constituent les ouvertures Les désordres se manifestent aussi par des décollements entre éléments jointifs (garages, perrons, terrasses), ainsi que par une distorsion des portes et fenêtres, une dislocation des dallages et des cloisons et, parfois, la rupture de canalisations enterrées (ce qui vient aggraver les désordres car les fuites d’eau qui en résultent provoquent des gonflements localisés). Dans les cas les plus graves, on peut arriver à un niveau de désordres mettant l’habitation hors d’usage.

 

Diagnostic et recherche de solutions

L’intervention d’un géotechnicien est indispensable après la constatation des désordres. Elle se fait dans le cadre d’une mission dite G5 (voir article ). Cette mission déterminera le contexte géologique et géotechnique et proposera des solutions de confortement adaptées.

Le phénomène génère des coûts de réparation très variables d’un sinistre à un autre, mais souvent très lourds. Ils peuvent même dans certains cas s’avérer prohibitifs par rapport au coût de la construction (il n’est pas rare qu’ils dépassent 50 % de la valeur du bien). Le montant moyen d’indemnisation d’un sinistre dû au phénomène de retrait / gonflement des argiles a été évalué à plus de 10 000 € par maison, mais peut dépasser 150 000 € si une reprise en sous-œuvre s’avère nécessaire. Dans certains cas cependant, la cause principale des désordres peut être supprimée à moindre frais (abattage d’un arbre, création d’un écran anti-racines, ceinture étanche autour du bâtiment, contrôle des réseaux d’eau), et les coûts de réparation se limiter au rebouchage des fissures.

Ainsi, un maitre d’ouvrage confronté à ce type de désordres peut avantageusement procéder à ce type d’actions simples et efficaces, soit à titre conservatoire soit en l’absence de couverture d’assurance (pas d’arrêté de CATNAT ou refus de garantie ou autre…cf. infra)). Toutefois ce genre de réparation limitée ne peut être prescrite ni indemnisée dans le cadre de l’intervention d’un assureur, puis de ses conseils, car les premiers doivent une solution pérenne à l’assuré, et les seconds engagent leur responsabilité décennale, l’ouvrage réparé étant dès lors considéré comme un ouvrage neuf et soumis aux mêmes exigences de résultats.

 

Prévention       

La prévention commence par la connaissance de l’aléa par la réalisation de cartes et par l’information des praticiens et du public. Une fois le phénomène identifié, il convient de le prendre en compte dans l’aménagement en particulier par la consultation d’un géotechnicien qui pourra proposer des solutions techniques appropriées. Ces solutions sont basées sur l’adaptation des fondations, le choix d’une structure rigide (dissociée en unités monolithiques) pour le bâtiment, la protection contre la végétation (éloignement, écran anti-racines) et le contrôle des phénomènes liés à l’eau. En la matière, aucune disposition forfaitaire ne doit être adoptée, un choix arbitraire de fondation même surdimensionnée, pouvant s’avérer in fine pathogène.

 

Assurances et indemnisation

La loi n° 82-600 du 13 juillet 1982 modifiée, relative à l’indemnisation des victimes de catastrophes naturelles (art. L.125-1 à L.125-6 du Code des assurances) a fixé pour objectif d’indemniser les victimes de catastrophes naturelles en se fondant sur le principe de solidarité nationale.

Pour que le sinistre soit couvert au titre de la garantie « catastrophes naturelles », il faut que l’agent naturel en soit la cause directe et déterminante. L’état de catastrophe naturelle, ouvrant droit à la garantie est constaté par un arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s’est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages couverts par la garantie. Cette indemnisation s’applique à condition d’avoir une assurance ; le contrat précise les dommages couverts.

 

Pour en savoir plus :

Site du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) : dossier d’actualité octobre 2012 retrait-gonflement des argiles.

Site du MEDAD (Ministère de l’écologie et du développement   et de l’aménagement  durables): le retrait-gonflement des argiles ; comment prévenir les désordres dans l’habitat individuel.