• Le fonds

Auteurs : Collectif
Editeurs : Presses universitaires de France
Nombres de page : 226
Prix public : 10 €
Date de parution : 2006


Il s’agit du 6ème colloque annuel organisé par l’Académie européenne interdisciplinaire des sciences Nice – Côte d’Azur. Les précédents portaient sur les thèmes suivants : De la cellule à l’homme : des morts programmées (2002), L’erreur (2003), Actualité de l’humanisme (2004), Science et jeunesse (2004), La science en mouvement (2005). Les dates entre parenthèses correspondent aux dates de publication aux Presses universitaires de France.

Le souci d’éclectisme et de pluridisciplinarité de l’Académie se manifeste non seulement dans la diversité des sujets des colloques, mais aussi dans la variété des approches sur un sujet donné. Et c’est bien le cas pour le colloque « Les peurs de notre temps » dans lequel, outre des aspects généraux (consensus, précaution…), diverses thématiques sont abordées (nucléaire, agriculture, médecine, technique…). Que l’on soit ou non spécialiste du domaine, tous les sujets traités le sont de façon accessible et débouchent sur des considérations relevant de problèmes de société.

Ainsi, on relèvera la distinction faite par le Préfet Pierre Breuil entre peurs fondées (catastrophes naturelles, auxquelles on répond par la chaîne médicale et l’intervention d’urgence) et peurs infondées comme la mondialisation qui devrait être source, non de peur mais de stimulation. Pour le professeur René Dars, nombre de peurs naissent d’un consensus d’opinions non scientifiques et il cite à titre d’exemples le destin de Giordano Bruno et l’échec de la dérive des continents. Il s’avère bien qu’un esprit novateur est le plus souvent minoritaire. Guy Darcourt, professeur psychiatre, reviendra sur le thème de l’évaluation des risques, qui peut donner lieu à divergence selon les tempéraments des individus, les intérêts personnels et les idéologies. Il retient que même si le consensus peut constituer une solution face à cette diversité d’appréciation, le plus souvent, les choix de société sont faits par ceux qui ont le pouvoir et qui ne sont pas nécessairement les plus avisés. En témoigne, par exemple, l’inscription du principe de précaution dans la Constitution.

La présentation de Jean Aubouin « Risques, peurs et précautions » aborde les deux grands types de risques, naturels et anthropiques. Pour les premiers, il s’agit de les assumer et de les prévenir (définition, prévention, suivi et alerte, aménagement). Les seconds mettent en cause la science et le progrès et, sur ce point, J. Aubouin prend nettement position : il faut assumer les risques liés aux OGM (nourriture et croissance démographique), - une conclusion que reprendra Patrice Crossa-Raynaud dans sa présentation -, et ceux associés au nucléaire (aux citoyens et aux politiques d’en interdire les usages néfastes), et placer à leur juste place ceux associés aux changements climatiques, considérés comme idéologiques. Sur ce dernier point, certes le géologue est bien placé pour voir à quel point les climats ont évolué dans le passé, mais limiter l’explication en prenant le seul exemple des variations du niveau marin paraît un peu restrictif face à l’augmentation massive et reconnue des gaz à effet de serre depuis un siècle et demi. Et puis, une belle conclusion à méditer, c’est le principe de risque et non le principe de précaution qui a guidé les progrès de l’humanité. On peut rapprocher cette conclusion de la présentation de Girolama Ramunni, professeur au CNAM, sur le thème de « La peur est source d’innovations ».

Pierre Mandrillon, au terme d’un exposé sur le nucléaire, plus technique que celui des orateurs précédents, conclut de façon sage que le nucléaire apportera sa part à la production mondiale d’énergie, sans en constituer la panacée. Vient ensuite la médecine avec les trois types de peurs détaillées par le docteur Vincent Dor : peur de la ou des maladies, peur de la médecine, peurs des médecins eux-mêmes. Il conclut en insistant sur la dérive pharmaceutique actuelle qui conduit à mettre au point, à grands frais, des molécules soit disant nouvelles ou novatrices, avec des études comparatives menées par les laboratoires eux-mêmes, avec les risques d’être juge et partie. Enfin, deux réflexions plus philosophiques pour terminer, celle de Michel Terestchenko sur « La maîtrise de la technique ? » qui ne se limite pas à n’être qu’un moyen mais constitue un certain rapport au monde, et celle du Père Vincent-Paul Toccoli proposant de ne pas avoir peur et insistant sur le développement spirituel.

Nous conclurons pour souligner à quel point ce petit livre, qui ne vaut que 10 euros, est riche d’enseignements et de questionnements sur le fonctionnement de nos sociétés et les perspectives pour l’avenir, au sein desquels les sciences de la Terre sont bien présentes.

La rédaction.