• Le fonds

Evolution morpho-sédimentaire du domaine littoral et marin de la Seine-Maritime

Auteurs : Augris C., Coord.
Editeurs : Brgm Éditions
Nombres de page : 160
Prix public : 30 €
Date de parution : 2004



Note de lecture

Ce document concerne principalement le littoral entre Dieppe et Le Tréport, secteur d’aménagements portuaires (Dieppe, Le Tréport) et industriels (centrales EDF de Paluel et Penly) importants et qui a donné lieu à des campagnes de suivi par l’Ifremer depuis 1988. Le présent document traduit donc les résultats de 12 ans de travaux dans un secteur côtier d’une vingtaine de kilomètres d’extension sur les 130 km que compte la Côte d’albâtre. La cartographie du secteur a été assurée par mesures au sondeur bathymétrique et au sonar à balayage latéral, ainsi que par prélèvements d’échantillons du fond à la benne. Les données recueillies ont été mises en forme dans une base d’information géographique.

L’examen des données sur la période 1988-2000 souligne les résultats suivants :
- morphologie irrégulière du substrat crayeux ;
- développement de la couverture sableuse qui a augmenté d’environ 10 points en 12 ans (72% en 2000) et extension significative des mégarides ;
- épaisseur faible de sédiments à l’Ouest (< 1 m), plus importante à l’Est ;
- impact important sur le transit sédimentaire des établissements portuaires de Dieppe et du Tréport, ainsi que de la centrale EDF de Penly : piégeage des vases, blocage du cheminement des galets vers le NE, piégeage des sables à l’Ouest des digues occidentales. Le transit général des sédiments se fait du SW vers le NE, par prédominance du flot de NE et influence de la houle ;
- faiblesse des apports sableux venant de l’Ouest qui tend, sur le moyen terme, à entraîner l’érosion des sédiments fins situés sur l’est du secteur ;
- rôle de l’abrupt de bas d’estran qui a tendance à réduire considérablement les apports de sables sur l’estran et piège les matériaux les plus grossiers.

Par ailleurs l’étude des falaises de Seine-Maritime, par missions aériennes sur 30-40 années, souligne un recul des falaises de l’ordre de 21 cm par an, variable selon la lithologie et la présence d’obstacles naturels (éboulements) ou anthropiques. La production de galets, issue de l’érosion des falaises, est estimée à environ 110 000 m3 par an.

Ce document, qui fournit également des résultats détaillés par secteur, constitue un outil de travail majeur pour les projets d’aménagement ou d’utilisation du fond marin. Il alerte aussi les acteurs du littoral et le grand public concerné sur les problèmes environnementaux actuels du littoral.

La rédaction.

Actes du colloque "Les peurs de notre temps"

Auteurs : Collectif
Editeurs : Presses universitaires de France
Nombres de page : 226
Prix public : 10 €
Date de parution : 2006


Il s’agit du 6ème colloque annuel organisé par l’Académie européenne interdisciplinaire des sciences Nice – Côte d’Azur. Les précédents portaient sur les thèmes suivants : De la cellule à l’homme : des morts programmées (2002), L’erreur (2003), Actualité de l’humanisme (2004), Science et jeunesse (2004), La science en mouvement (2005). Les dates entre parenthèses correspondent aux dates de publication aux Presses universitaires de France.

Le souci d’éclectisme et de pluridisciplinarité de l’Académie se manifeste non seulement dans la diversité des sujets des colloques, mais aussi dans la variété des approches sur un sujet donné. Et c’est bien le cas pour le colloque « Les peurs de notre temps » dans lequel, outre des aspects généraux (consensus, précaution…), diverses thématiques sont abordées (nucléaire, agriculture, médecine, technique…). Que l’on soit ou non spécialiste du domaine, tous les sujets traités le sont de façon accessible et débouchent sur des considérations relevant de problèmes de société.

Ainsi, on relèvera la distinction faite par le Préfet Pierre Breuil entre peurs fondées (catastrophes naturelles, auxquelles on répond par la chaîne médicale et l’intervention d’urgence) et peurs infondées comme la mondialisation qui devrait être source, non de peur mais de stimulation. Pour le professeur René Dars, nombre de peurs naissent d’un consensus d’opinions non scientifiques et il cite à titre d’exemples le destin de Giordano Bruno et l’échec de la dérive des continents. Il s’avère bien qu’un esprit novateur est le plus souvent minoritaire. Guy Darcourt, professeur psychiatre, reviendra sur le thème de l’évaluation des risques, qui peut donner lieu à divergence selon les tempéraments des individus, les intérêts personnels et les idéologies. Il retient que même si le consensus peut constituer une solution face à cette diversité d’appréciation, le plus souvent, les choix de société sont faits par ceux qui ont le pouvoir et qui ne sont pas nécessairement les plus avisés. En témoigne, par exemple, l’inscription du principe de précaution dans la Constitution.

La présentation de Jean Aubouin « Risques, peurs et précautions » aborde les deux grands types de risques, naturels et anthropiques. Pour les premiers, il s’agit de les assumer et de les prévenir (définition, prévention, suivi et alerte, aménagement). Les seconds mettent en cause la science et le progrès et, sur ce point, J. Aubouin prend nettement position : il faut assumer les risques liés aux OGM (nourriture et croissance démographique), - une conclusion que reprendra Patrice Crossa-Raynaud dans sa présentation -, et ceux associés au nucléaire (aux citoyens et aux politiques d’en interdire les usages néfastes), et placer à leur juste place ceux associés aux changements climatiques, considérés comme idéologiques. Sur ce dernier point, certes le géologue est bien placé pour voir à quel point les climats ont évolué dans le passé, mais limiter l’explication en prenant le seul exemple des variations du niveau marin paraît un peu restrictif face à l’augmentation massive et reconnue des gaz à effet de serre depuis un siècle et demi. Et puis, une belle conclusion à méditer, c’est le principe de risque et non le principe de précaution qui a guidé les progrès de l’humanité. On peut rapprocher cette conclusion de la présentation de Girolama Ramunni, professeur au CNAM, sur le thème de « La peur est source d’innovations ».

Pierre Mandrillon, au terme d’un exposé sur le nucléaire, plus technique que celui des orateurs précédents, conclut de façon sage que le nucléaire apportera sa part à la production mondiale d’énergie, sans en constituer la panacée. Vient ensuite la médecine avec les trois types de peurs détaillées par le docteur Vincent Dor : peur de la ou des maladies, peur de la médecine, peurs des médecins eux-mêmes. Il conclut en insistant sur la dérive pharmaceutique actuelle qui conduit à mettre au point, à grands frais, des molécules soit disant nouvelles ou novatrices, avec des études comparatives menées par les laboratoires eux-mêmes, avec les risques d’être juge et partie. Enfin, deux réflexions plus philosophiques pour terminer, celle de Michel Terestchenko sur « La maîtrise de la technique ? » qui ne se limite pas à n’être qu’un moyen mais constitue un certain rapport au monde, et celle du Père Vincent-Paul Toccoli proposant de ne pas avoir peur et insistant sur le développement spirituel.

Nous conclurons pour souligner à quel point ce petit livre, qui ne vaut que 10 euros, est riche d’enseignements et de questionnements sur le fonctionnement de nos sociétés et les perspectives pour l’avenir, au sein desquels les sciences de la Terre sont bien présentes.

La rédaction.

Carte géologique interactive de la France à 1/1 000 000

Auteurs :
Editeurs : Brgm Éditions
Nombres de page : Cédérom interactif
Prix public : 60 €
Date de parution : 2006


Après la publication, en 2003, de la 6ème édition révisée (original 1996) de la carte géologique de la France métropolitaine à 1/1 000 000, la version interactive de cette carte est maintenant disponible sur cédérom, en version géoréférencée Lambert 2 étendu. S’appuyant sur 400 nuances de couleurs et 140 000 éléments graphiques, cette carte permet une recherche selon les entrées suivantes :
- les grandes régions géologiques, 18 au total ;
- les entités administratives : villes, départements, régions ;
- les feuilles géologiques à 1/50 000, dont le découpage peut être superposé au fond géologique au millionième.

Cette carte est complétée par :
- deux schémas structuraux portant respectivement sur les cycles hercynien et alpin ;
- trois cartes thématiques concernant les roches sédimentaires (par ère géologique), les roches magmatiques (7 classes, dont 4 par ère géologique) ou les roches métamorphiques (6 classes).

Sur le cédérom, on trouvera également des indications sur les différentes échelles de cartes géologiques publiées par le BRGM et sur les bases de données cartographiques.

Il est clair que cette version interactive sera d’une grande utilité pour tous ceux qui souhaitent être en mesure de présenter tel ou tel secteur de la géologie du territoire, qu’ils soient enseignants, chercheurs, techniciens de bureaux d’études, décideurs, etc. Il n’est pas inutile de rappeler ici que tous ces documents sont la propriété du BRGM ; leurs conditions d’utilisation sont d’ailleurs rappelées sur le cédérom.

La rédaction.

Terroirs et Maisons de France

Auteurs : Collectif
Editeurs : Editions Créer (Nonette, Puy-de-Dôme)
Nombres de page : 446
Prix public : 40 €
Date de parution : 2006

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C'est le 4eme volume de la collection sur les terroirs et la géologie, une collection développée au BRGM sous la direction de Charles Pomerol. Toutefois, le BRGM n'ayant pas retenu de publier cet ouvrage, il a été repris par les Éditions Créer, le BRGM assurant toutefois la fourniture d'extraits de cartes géologiques.

C'est un beau livre, très bien illustré par de nombreuses photos couleur, des croquis, des aquarelles et les cartes géologiques des provinces. Il traite, bien sûr, des vieilles demeures, de leur architecture, des pierres utilisées et de leurs lieux d'extraction. Comme le montre la carte de la 3eme de couverture, c'est un parcours à travers la France qui, partant des Alpes, traite successivement des régions de l'Est, du Nord au sens large, du Sud-Ouest, du Massif central et enfin du Sud-Est et de la Corse. Un large panorama donc dans lequel chacun pourra retrouver le style des maisons de sa région ou de ses lieux de vacances.

Les 17 chapitres ou étapes de ce tour de France correspondent soit à des provinces bien précises, soit à des régions ou des ensembles géologiques plus larges et sont plus ou moins développés. Certains, comme le Massif central et l'Ile-de-France sont largement subdivisés et l'Aquitaine, par exemple, comporte huit articles : Poitou-Aunis, Saintonge, Bordelais, Périgord, Quercy, Landes, Agenais-Lomagne, Gascogne.

On pourrait craindre a priori une certaine monotonie, au moins au niveau du texte. Il n'en est rien car une grande liberté a été laissée à la quarantaine d'auteurs, pour la plupart spécialistes de la géologie régionale. L'approche et la présentation du sujet sont donc très variés : description de quelques maisons, typiques des usages et des matériaux utilisés ; parcours de découverte touristique ; approche plus systématique à partir de la géologie et des pierres à bâtir, y compris les argiles (briques, torchis...), le gypse (plâtre), le pisé, etc. L'aspect historique est parfois un peu plus développé mais tous les auteurs ont eu le souci de mettre en évidence les relations entre architecture, conditions climatiques, destination de la maison et matériaux utilisés. Une mention spéciale doit être faite pour certains dessins, les aquarelles et des photos de détails qui illustrent très bien le texte situé en face.

Quelques imperfections à noter néanmoins. Les fautes de frappe sont toujours difficiles à éliminer totalement (nous en savons quelque chose pour « Géologues ») mais du phosphate à la place de feldspath dans le granite (encart page 268) cela heurte le géologue ! Par ailleurs, dans les renvois du texte aux figures, la numérotation est souvent un peu décalée. On s'y habitue néanmoins assez vite car la figure concernée est souvent proche du texte.

Malgré ces petites imperfections, une lecture facile - des encarts sur fond jaune définissent souvent roches et minéraux -, intéressante et enrichissante qui complète très bien celle de « Terroirs et monuments ». Les géologues évidemment, les enseignants et un large public pourront y trouver du plaisir et chacun y apprendre à regarder les vieilles demeures d'un autre œil.

Michel Bornuat

Stone in Scotland

Auteurs : Awan Hyslop, Andrew McMillan, Ingval Maxwell
Editeurs : Earth Sciences series, UNESCO Publishing
Nombres de page : 72
Prix public : 16 €
Date de parution : 2006


La polyvalence de cet ouvrage l’ouvre vers un lectorat diversifié puisqu’il aborde aussi bien l’histoire de la pierre de construction, les catégories de pierre et le cadre géologique qui organise leur distribution, les techniques de sélection, d’extraction et de traitement, que les enjeux environnementaux et de planification.

Le chapitre historique est un raccourci qui va de la Préhistoire au XXe siècle et présente une chronologie intéressante sur l’usage des matériaux au cours des différentes périodes. C’est le chapitre sur la répartition des ressources qui est le plus conséquent puisqu’il présente la distribution des carrières par type de roche : grès, flagstone (roche fissurable en dalles), calcaire et marbres, roches ignées (dont granite, roches métamorphiques (dont ardoise). Des cartes donnent la distribution des formations géologiques et des carrières selon les diverses catégories de roche mentionnées ci-dessus. On peut regretter que les chapitres consacrés à la technologie d’extraction et de traitement, ainsi qu’aux enjeux environnementaux et de planification ne soit pas plus développés.

L’ouvrage comporte également un glossaire, une bibliographie, des planches de roches sélectionnées et un tableau des caractéristiques de roches sélectionnées. Enfin, deux études de cas portent respectivement sur l’accessibilité des ressources en grès pour la protection du patrimoine bâti d’Édimbourg, et le futur de l’extraction ardoisière.

Bien que régional, cet ouvrage apporte des éclairages transposables ailleurs sur l’emploi des roches ornementales dans la construction et la protection du patrimoine bâti.

La rédaction

Les eaux continentales

Auteurs : Sous la direction de Ghislain de Marsily
Editeurs : Institut de France. Académie des sciences
Nombres de page : 328
Prix public : 56,05 €
Date de parution : 2006


Se dire qu’il s’agit encore d’un ouvrage de plus sur le sujet pourrait conduire à délaisser ce livre. On aurait tort car sa première vertu est sans doute de rassembler sous un relativement petit volume une masse importante d’informations, couvrant l’ensemble du thème des eaux continentales terrestres. On peut en juger d’après le premier chapitre (« Eau, aménagement et usages »), pris à titre d’exemple, qui présente un grand nombre d’encadrés sur divers pays ou divers problèmes : Évolutions de la connaissance des ressources en eau en Tunisie, Le PAGER au Maroc : un exemple de programme rural d’accès à l’eau, Enjeux de l’eau en Libye, Les aquifères du SASS (système aquifère du Sahara septentrional), Le fleuve Sénégal, Hydromet, le Whycos et l’appui technique de l’IRD aux autorités de bassin, Chronique d’une mobilisation régionale en Afrique, Le bassin du Mékong, Les institutions du bassin du Mékong, Les eaux continentales dans les îles d’outre-mer, etc., sans oublier plusieurs encadrés relatifs à la France ou à l’Europe. Dans un tel panorama, on peut regretter, et les auteurs en font état, que certains thèmes chauds ne soient pas évoqués : amont du Tigre et de l’Euphrate en Turquie, problème du partage des eaux du Jourdain, etc.

La 2ème vertu de l’ouvrage est d’associer de nombreuses compétences dans un cadre d’approche pluridisciplinaire. Sous l’égide de G. de Marsily, animateur, le groupe de travail comprenait 10 personnes issues de divers milieux allant de la recherche jusqu’à l’industrie. En outre, plus de 15 personnes ont participé à la rédaction des chapitres 3 et 4, une quarantaine ont assumé les encadrés et près d’une vingtaine ont été auditionnées.

Le découpage de l’ouvrage est simple, organisé en quatre chapitres. Outre le chapitre 1 déjà évoqué, le chapitre 2 est consacré aux écosystèmes aquatiques, le chapitre 3 à eau et santé et le chapitre 4 à eau et climat. Ces intitulés traduisent une volonté d’aborder les eaux continentales au travers de grands enjeux de société et pas selon le découpage fréquent entre eaux de surface et eaux souterraines.

La Rédaction

Autobiographie de la Terre

Auteurs : Marcia Bjornerud
Editeurs : Dunod, Coll. Quai des sciences
Nombres de page : 252
Prix public : 19,90 €
Date de parution : 2006


Il n’est pas courant qu’un enseignant du supérieur se penche « amoureusement » sur notre planète Terre et nous fasse partager cette passion avec un grand souci de se mettre à la portée du plus grand nombre, en abordant le sujet d’une façon originale et pratique au travers de six angles de vue qui sont autant de chapitres : Le Tao de la Terre, Lire les roches, Le grand et le petit, Mélanges et tris, Innovation et conservation, Force et faiblesse. Comme le rappelle l’auteur « La Terre et sa myriade de sous-systèmes ont appris à contrôler l’énergie et à équilibrer les opposés : mélange et séparation, grand et petit, coopération et compétition, conservation et innovation ». Toute cela aboutit à un étonnant système de contrôle et d’équilibre qui implique les océans, l’atmosphère, la biosphère et la Terre solide.

On pourrait arrêter là cette note de lecture : un livre foisonnant, à lire tranquillement et pas à feuilleter comme on le fait avec tant d’autres, en se laissant conduire par ce regard original. Et pourtant, il faut bien dire quelques mots des contenus. D’abord l’avantage de la Terre par rapport à d’autre planètes, sous l’angle thermique : une surface relativement petite qui limite les pertes de chaleur et sa chaleur interne radioactive. La taille et la productivité de la biosphère, gage de pérennité. À la différence de la froide et poussiéreuse planète Mars où l’équilibre terrestre n’a pu s’installer. Et pourtant la Terre a frôlé par deux fois la catastrophe : au Précambien supérieur (750-600 Ma) avec l’épisode d’englacement généralisé (« Snowball Earth ») qui a peut-être gelé l’ensemble des océans et lors de la crise de l’oxygène au Permo-Trias responsable de la grande extinction de masse qu’a connu la Terre à cette époque.

Lire les roches, c’est aller à leur rencontre comme en témoignent les grands anciens James C. Hutton et Charles Lyell, pour aboutir à leur classement, leur formation, leur âge. La très grande organisation de la Terre se traduit notamment par une croûte hautement affinée (comme disent les métallurgistes), faite de matériaux très rares dans le système solaire, très bien classés aujourd’hui dans la diversité des types de roches. Après avoir échappé à une collision fatale avec une autre planète qui aurait conduit à la naissance de la Lune, on aboutit à l’organisation actuelle en noyau métallique, manteau rocheux et croûte primitive.

Avec le grand et le petit, c’est le domaine de la mesure qui est abordé, à toutes les échelles depuis celle de la géométrie de la Terre (« Toiser la Terre ») jusqu’à l’échelle microscopique (bulles et isotopes), en passant par le jeu des fractales et les mesures rétroactives pour comprendre le passé. Les mélanges et tris ont continuellement opéré sur Terre, dans ces matériaux qui sont une rareté à l’échelle de l’univers. La Terre est une anomalie, issue d’un brassage efficace et d’un tri, suivi d’un rassemblement et d’un compactage des matériaux triés, puis de processus de fusion pour aboutir à l’organisation actuelle. Dans cette évolution, la présence d’eau est un facteur essentiel et une des plus remarquables caractéristiques de la Terre est l’équilibre approximatif entre les processus internes (tectoniques) et externes (climatiques). Une chaîne de montagnes s’érode presque aussi rapidement qu’elle grandit.

Les forces de la conservation et de l’innovation ont été constamment à l’œuvre dans le passé de la Terre. En ce qui concerne la biosphère, les premières ont plutôt conduit à des périodes de stabilité, les secondes à des phases de stress qui sont à la source même de l’innovation. L’histoire de la vie est jalonnée de ces phases successives, à commencer par le passage d’une atmosphère dominée par le gaz carbonique au Précambrien, à une atmosphère dominée par l’oxygène. Ce changement est à l’origine des dépôts considérables de fer rubané à l’échelle mondiale, un fer initialement dissous en grande quantité dans l’océan et qui s’est trouvé progressivement insoluble. La modification de l’atmosphère a aussi été à l’origine de la couche stratosphérique d’ozone, si essentielle pour la vie.

La Rédaction