• Le fonds

Mais pour moi ça sera une première!

C’est donc avec un œil neuf que je vais vous conter ce rassemblement de géoliens.

GEOLE est une association qui regroupe des personnes de tous horizons, passionnées par la transmission scientifique et plus particulièrement celle des sciences de la Terre. Cette année elle nous donne rendez-vous du 12 au 15 avril 2018, au Géoparc des Causses du Quercy. Nous sommes accueillis par Thierry Pelissié et Agathe Kühnel qui nous présenteront le géopatrimoine du Parc et
nous guideront tout au long de cette découverte.

Le fil rouge qui traversera ces journées : la découverte de l’Histoire géologique des Causses du Quercy et l’intérêt de sa valorisation au travers du label Géoparc (espace d’intérêt géologique, protégé. Il vise à préserver les géosites et sensibiliser le grand public à son géopatrimoine). Les Causses du Quercy font parti de ce réseau depuis mai 2017.

À ce propos, j’ajoute que nous avons eu le plaisir de fêter l’entrée du Géoparc du Beaujolais dans cette grande maison!

Nous avons donc débuté, jeudi midi, par la découverte de la grotte préhistorique de Pech Merle, creusée dans la vallée du Célé. C’est un site exceptionnel qui allie géologie et histoire. On peut y admirer de magnifiques concrétions : stalactites, stalagmites, colonnes, draperies, disques, excentriques et de rares « perles des cavernes » qui mettent en scène les peintures rupestres, dessinées par l’homme il y a plus de 20.000 ans ! Empreintes de pas, fresques détaillées, réel sens artistique, la grotte nous raconte son histoire et à travers elle, la nôtre. L’exceptionnel de Pech Merle est de posséder un bon équilibre bio et hydro métrique, permettant une bonne conservation des peintures. C’est donc bien la grotte originelle que nous découvrons et non une reproduction !!

À la suite de la visite, nous rejoignons notre logement pour la durée des rencontres GEOLE, au mas de Sabboth : grande salle de réception, piscine et sauna pour d’autres… Ils savent bien vivre ces Géoliens !

Nous terminons cette première journée par une présentation des projets mise en œuvre par le parc des Causses du Quercy en tant que Géoparc. C’est l’occasion pour les autres membres de Géoparc d’échanger sur leurs actions et donner de l’élan à ceux qui voudraient se lancer dans cette aventure.

C’est par un beau soleil que nous débutons la journée terrain de ces rencontres « A la découverte de l’histoire géologique des Causses du Quercy ». Échauffement cérébral sur la coupe de Calvignac ! Le but, faire parler les fossiles présents pour retracer l’évolution paléoenvironnementale. Cohue devant l’affleurement, chacun son ticket !! Les idées fusent, mais il semble que l’événement marquant ait été repéré ! Ce site met en évidence un changement significatif de paléo environnement, de plate-forme ouverte à fermée aux environs de l’Aalénien. Du moins, c’est le jargon sorti par les géologues, du reste Thierry nous explique que ce site est pertinent pour les sorties géologiques des scolaires. Lisible et facile d’accès, il offre un bon terrain de réflexion.

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Coupe de Calvignac (photo : L. Baillet)

Direction un deuxième affleurement clé, la Balme-à-Limogne en Quercy. Cette fois-ci, les géoliens vont plancher sur des figures sédimentaires ! La lisibilité de ce site en fait un lieu privilégié pour initier à la compréhension et à la lecture des figures tectoniques.

 

Nous poursuivons avec la visite d’un site remarquable et rare, les phosphatières. Nous visiterons exclusivement celle du Cloup d’Aural, bien qu’il en existe d’autres. Les phosphatières du Quercy ont été découvertes vers 1865 et rapidement exploitées pour leur intérêt agraire. Les phosphates ne sont plus exploités depuis le début du XXème siècle malgré quelques tentatives de reprise lors de la seconde guerre mondiale et l’endroit est dorénavant aménagé pour les touristes. Des jeux pédagogiques couplés à des visites guidées, permettent aux curieux de découvrir l’exploitation des phosphates au XIXème siècle, d’explorer un Karst et de comprendre tout l’intérêt paléontologique qu’offrent ces phosphatières.

Le groupe se scinde en deux, une partie visite le karst pendant que l’autre teste une animation pédagogique. Le but de celle-ci : comparer la taille, la proportion et la diversité d’espèces retrouvées dans différents sites de phosphatières. Chaque équipe tente de retrouver à quel paléo environnement leur panel d’espèces correspond. La perplexité laisse vite place à une profusion d’idées et de remarques sur cet outil pédagogique. Les rencontres GEOLE servent aussi à ça, rassembler des professionnels et des passionnés de transmission du savoir, afin de discuter sur la
meilleure manière de transmettre.

Ce message est ensuite illustré par la visite de la phosphatière. L’exploitation a mis à découvert de nombreux ossement fossiles extrêmement bien conservés par le minerai. Rendu plus facile d’accès, le reste de l’exploitation fait l’objet de plus amples recherches paléontologiques, depuis les années 60. Il s’avère que les phosphatières sont un « laboratoire naturel de l’évolution ». Nous avons donc devant nous une véritable mine d’informations sur ce qu’était la faune et la flore de -52 à 21 Ma ! Une telle continuité paléontologique est exceptionnelle en milieu continental! Les phosphatières constituent un ensemble majeur pour la recherche paléontologique avec près de 700 espèces répertoriées sur une trentaine de millions d’années, enregistrement des évolutions de la biodiversité lors des changements climatiques.

La visite se solde par un pique-nique renversant et par un tour de table en bonne et due forme des membres présents de GEOLE (presque 80 cette année !).

 

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 La journée géopatrimoine se termine par la visite du village remarquable de Saint-Cirq-Lapopie. À la fois site naturel défensif et témoin de l’enfoncement du Lot et de l’inversion de relief entre les sables cimentés du Crétacé avec les calcaires jurassiques. Mais il est temps pour les géoliens de retourner au bercail emmagasiner toute cette géologie autour d’un repas Lotois (ou presque).
La journée se conclut par une conférence grand public, « Cailloux : mémoires de la Terre », animée par Francis Duranthon. Une présentation très claire nous permet d’en apprendre beaucoup sur ce qu’est un géopatrimoine, l’histoire qu’il peut nous raconter lorsque son contexte est préservé. C’est l’occasion aussi, d’échanger sur le pillage des sites et sur leurs conséquences.

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 Saint-Cirq-Lapopie (Photo :L. Baillet)
 

La journée suivante est consacrée aux présentations des projets de chacun. C’est l’occasion, pour qui le souhaite, d’exposer son travail et de récolter des avis, des remarques, afin de toujours renouveler son discours et gagner en clarté, dans le souci de diffuser et transmettre autour des sciences de la Terre.
Après-midi Assemblée Générale de GEOLE. C’est le moment de faire un point sur l’activité de l’année, d’organiser la prochaine et d’échanger sur de nouveaux projets.

Mais il paraît que les géoliens ne tiennent pas en place ?! C’est pour ça que Thierry nous a concocté une soirée danse et musique traditionnelles occitanes, pour la dernière soirée GEOLE !
Deux musiciens ont la patience de nous expliquer les pas et c’est parti pour la gigue ! Les géoliens se lancent dans une série de farandoles, de danses bras dessus, bras dessous et terminent ces rencontres par de bons éclats de rires (Mention spéciale pour le mimage des phosphatières !! )

Nous concluons ces rencontres GEOLE par la visite d’un site qui m’a personnellement beaucoup impressionné. La plage aux Ptérosaures ! Un temple, que dis-je, un sanctuaire pour les passionnés de paléontologie. Ce site a été mis à nu une fois de plus à la suite d’exploitation, ici celle de la « Pierre de Crayssac ». C’est en 1980 que les premières traces fossiles ont été repérées. L’ambiance y est religieuse, et pour cause, la rencontre avec les Ptérosaures est émouvante. Nous découvrons sur de grandes strates de calcaires, de magnifiques empreintes de ces reptiles volants. On peut observer plus d’une trentaine de pistes. Chacune d’entre elles nous raconte un bout de vie de ces spécimens. Ajouté aux explications passionnées des paléontologues du site, on s’y croirait presque ! Crayssac est un site majeur pour la recherche paléontologique, de par le nombre et la finesse des empreintes, mais aussi pour sa potentielle piste d’atterrissage.

Mais il est temps pour les géoliens de regagner la lumière et la réalité du voyage retour.

Pour ma part je repars réellement enchantée de ses rencontres GEOLE. Je retourne à mes montagnes, riche des ces échanges, réchauffée par la convivialité de tous et motivée plus que jamais pour la diffusion et le partage des Sciences de la Terre.

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Les géoliens, édition 2018 (Photo : R.Jaffre)

De l’eau a coulé sous les ponts depuis avril et c’est avec vue sur la Soufrière que je conclus ce compte rendu de mes premières rencontres GEOLE (qui ne seront pas les dernières !).

Qui sait, je convaincrai peut-être les gens du Parc National de Guadeloupe de se joindre à nous ?

Julia Lechevretel