facebooklinkedintwitter youtube

SOUQUE Christine 1C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre collègue et amie Christine Souque, dans sa cinquantième année. Son sourire, son extrême bienveillance et son professionnalisme ont marqué tous ceux qui l’ont rencontrée au cours de sa trop brève carrière. Nous retraçons ci-dessous les principales étapes de son parcours professionnel riche et varié.

La famille de Christine est originaire de l’Ariège mais c’est à Evry en Essonne qu’elle a passé son enfance. C’est là qu’elle a suivi toute sa scolarité et obtenu son Bac en 1993. Attirée par les sciences de la Terre, elle décroche, en 1995 un DEUG à l’université Paris-Sud (Orsay) avant d’intégrer le sélectif « Magistère interuniversitaire des sciences de la Terre » copiloté à l’époque par l’Ecole Normale Supérieure et les universités Paris-Sud (Orsay) et Pierre-et-Marie-Curie. Ce parcours est couronné par un Diplôme d’Etudes Approfondies, obtenu en 1998. Elle s’inscrit ensuite en doctorat à l’Université de Cergy-Pontoise pour préparer une thèse soutenue en 2002.

Le travail de thèse de Christine traite de "magnétisme structural" avec une application dans le massif des Corbières. Il combine donc étude structurale sur le terrain et mesures physiques en laboratoire. Après le travail pionnier d'Olivier Averbuch, elle confirme, en utilisant les méthodes de l’anisotropie magnétique et du paléomagnétisme, que la fabrique magnétique enregistre les stades précoces de la déformation et en conserve la mémoire lors du plissement et en cas de changement de la direction de raccourcissement. Un site emblématique de cette démonstration est celui du "Pont de Ribaute" au cœur de ce village d'où quelques jours après son décès est parti le terrible incendie qui a ravagé la région. Christine montre, grâce à une analyse très fine des signaux magnétiques, que la chauffe d'échantillons permet de révéler des "fabriques masquées" et propose une hypothèse de formation du Duplex de la Cagalière comme "structure d'arrêt" de la propagation d'un chevauchement (dans un contexte de modification de la cinématique régionale). Ces travaux sont beaucoup consultés car le chaînon de Lagrasse est devenu un spot emblématique des excursions organisées par les universités françaises et étrangères. La géologie de terrain est une source d’anecdotes. Ainsi, pour obtenir des photos aériennes du chaînon de Lagrasse et du Duplex en particulier, nous avions loué un avion (et son pilote, c’était avant les drones !) à l’aérodrome de Lézignan. Le survol en rase-mottes à de multiples reprises a quelque peu inquiété les habitants. Nous nous souvenons aussi avec quelle autorité elle a expliqué son terrain à deux professeurs chinois qu’il fallait occuper durant l’été 2000 entre une visite de Carcassonne et des Châteaux Cathares.

Après sa thèse, Christine est partie en Grande-Bretagne. Elle a rejoint « Rock Deformation Research » (RDR), une société liée à l'Université de Leeds d’abord en 2003 puis de 2005 à 2008 après un passage à l’université de Strasbourg comme enseignante -chercheuse vacataire où elle a marqué les étudiants et collègues qui l’ont connue. Son caractère sociable et sa passion pour la géologie a tout de suite conquis les étudiants strasbourgeois. Les doctorants et post-docs gardent tous un souvenir ému de Christine par son sens du partage, son humour et son talent pour motiver les troupes.

En Angleterre, RDR était un cabinet de conseil en géologie structurale travaillant pour des clients du secteur pétrolier et gazier. Au sein de cette entreprise, elle participe principalement à plusieurs projets de recherche menés par deux consortiums financés par l'industrie et axés sur les failles et les fractures. Elle apprend les méthodes de laboratoire permettant d'évaluer le comportement des roches de faille, notamment la microscopie électronique rétrodiffusée et les mesures pétrophysiques de perméabilité et de seuil de pression capillaire. Son expertise technique essentielle réside dans sa capacité d’analyse sur le terrain ce qui a permis de sélectionner divers sites à travers le monde pour cartographier les fractures et les failles. Sa perspicacité et son sens de l'observation permettent d'améliorer la compréhension, qu'il s'agisse d’étudier des failles de chevauchement bien exposées dans l'Utah, des bandes de déformation dans des grès en Oman ou des fractures sur des plateformes carbonatées côtières au Royaume-Uni. Bien que Christine n’ait travaillé pour RDR que pendant une période relativement courte, ses contributions sont marquantes et durables. Christine était chaleureuse et attentionnée. Elle était discrète mais dotée d'un bon sens de l'humour. Ceux qui ont eu la chance de travailler à ses côtés pendant cette période se souviennent d'elle avec admiration et gratitude.

Fin 2008, Christine rejoint le « jeune » département Géothermie du BRGM, où elle met à disposition des équipes de géothermie profonde et des géomécaniciens en particulier ses connaissances et compétences en géologie structurale et découvre la géothermie. Son expertise dans la cartographie des fractures et des failles et son sens de l’observation ont contribué à l’élaboration du modèle de réservoir du site de Soultz-sous-Forêts en reprenant des données existantes relatives au forage carotté et participe activement à une mission sur le terrain en Sardaigne dont l’objet est l’étude d’un analogue de Soultz. Durant son court séjour, Christine a toujours exprimé son enthousiasme et sa générosité intellectuelle et a laissé son empreinte auprès de l’équipe ouvrant ainsi la porte à des collaborations futures.

En 2009, Christine rejoint le département de Géologie Structurale d’IFPEN. Elle intègre le groupe de travail sur les formations géologiques profondes et apporte ses connaissances sur la compréhension de l’architecture des zones de failles et des réseaux fracturés. Elle contribue à la construction des modèles géométriques de ces objets du sous-sol, mais surtout elle permet de traduire en modélisation numérique ce qu’elle comprend de ces failles et fractures. Elle permet de mieux appréhender, grâce notamment au terrain qu’elle réalise au Nouveau-Mexique par exemple, l’impact des failles et des fractures sur les circulations de fluides à des échelles de temps géologiques. Christine s’engage pour le collectif, même sur des sujets qu’elle maîtrise moins, avec humilité et une rigueur scientifique remarquable. Grâce à sa perspicacité et un esprit de synthèse très développé, elle participe aux nombreux projets en modélisation stratigraphique (Bassin du Levant) ou sur la compaction chimique en modélisation de bassin.

En 2018, Christine est appelée pour positionner l’IFPEN sur la géothermie, construire et diriger cette nouvelle thématique. Là encore, Christine joue collectif, va aux contacts de ses collègues et met en valeur leurs compétences et expertises. L’engagement de Christine, son ouverture tant sur des compétences nouvelles que vers de nouveaux acteurs, sa vision systémique des enjeux de la géothermie permettent à l’IFPEN d’être aujourd’hui visible sur ces domaines à l’échelle nationale et européenne. Christine monte rapidement un nombre impressionnant de projets avec des partenaires, académiques et industriels, français, européens et internationaux, sur des sujets qui vont au-delà de la géologie. Citons quelques-uns de ces projets comme le projet européen sur la réduction des émissions de gaz des centrales géothermiques, celui sur le concept d’exploitation d'énergie géothermique basée sur une boucle fermée dans un puits horizontal. Plus récemment, celui, encore en cours, sur la caractérisation du potentiel géothermique du bassin minier du Nord Pas-de-Calais.

Dès 2019, en tant que responsable de la thématique géothermie, Christine œuvre activement et avec enthousiasme à dégager les synergies scientifiques possibles sur ce sujet entre le BRGM et IFPEN et en les mettant en œuvre dans des projets collaboratifs. Nous gardons en mémoire le succès du séminaire inter-organisme organisé en 2019 sur la géothermie profonde en Alsace, succès qui lui revient largement et qui aboutit à des actions de recherche, toujours en cours aujourd’hui, sur la co-production de chaleur et de lithium intégrant les questions environnementales et sociétales.

En 2021, avec beaucoup de discrétion et toujours de bonne humeur, Christine participe aux discussions sur la mise à jour des fiches thématiques pour la stratégie nationale de la recherche pour l’énergie, dans le cadre des groupes de travail de l’Alliance Nationale de Coordination de la Recherche pour l’Énergie, notamment celle sur la géothermie. Pour le ministère de la recherche, ces propositions ont eu beaucoup de valeur, et sont inscrites comme des lignes de travail.

Christine débordait d’enthousiasme et d’idées. Elle inspirait, professionnellement et humainement, toutes celles et ceux qui ont eu la chance de travailler avec elle. Elle a accompagné avec générosité et engagement des étudiants en stage et en thèse ainsi que des post-docs, prenant le temps de les suivre, de les soutenir, de les encadrer tout en favorisant leur épanouissement. Les travaux qu’elle a initiés au travers de tous ces projets, continueront de vivre et donneront naissance à de nouvelles initiatives. Ce qu’elle nous laisse, va bien au-delà des projets et de son très beau parcours : c’est aussi une manière d’être, de partager, d’exiger avec bienveillance, de croire en chacun.

Ces quelques mots rédigés à plusieurs mains, et sans pouvoir citer tous ceux qui de près ou de loin s’y associent, sont là pour dire à Christine que nous n’oublierons pas sa bonne humeur, son courage, et toutes ses qualités professionnelles. Nos pensées vont à sa famille, à Arnaud, son compagnon et à ses enfants, Lucien et Julie, privés trop tôt de Christine. Que les souvenirs précieux de Christine leur apportent réconfort et qu’ils sachent que Christine laissera une trace indélébile pour les personnes qui l’ont côtoyée professionnellement, trace non seulement « scientifique » mais aussi profondément humaine.

Russel Davies, Dominique Frizon de Lamotte, Sylvie Gentier, Xavier Guichet, Rob Knipe, Sophie Leleu, Pascale Leturmy, Philippe Robion, Noalwenn Sallée, Sylvie Schueller, Muriel Thibaut et  Adriana Traby