Lauréat 2013 du Prix Prestwich : Bor-Ming Jahn

Bor-Ming Jahn est actuellement professeur à la National Taïwan University à la suite d'un long périple qui l'a amené à travailler dans plusieurs universités à travers le monde, avant de retourner dans sa patrie d'origine. Après des études universitaires à Taiwan, puis aux Etats-Unis (Providence, Minneapolis), Bor-Ming devient chercheur associé au Lunar Science Institute à Houston puis professeur associé à l'Université du Minnesota. En 1976, il intègre le Centre Armoricain d'Etudes Structurales des Socles (actuellement Géosciences Rennes) en qualité de professeur associé à l'Université Rennes I. Il y fera une grande partie de sa carrière universitaire en tant que Professeur titulaire, puisqu'il y restera jusqu'en 2003.

Il serait long de détailler toutes les réalisations de Bor-Ming, je vais donc me limiter à quelques points saillants de sa carrière. Il est géochronologie et géochimiste des éléments traces et des isotopes appliquées à de nombreux domaines des sciences de la Terre, allant de la géochimie des sédiments et laves archéennes (évolution des cratons archéens) aux paléosols (changements climatiques), en passant par les roches de haute pression (subduction continentale et recyclage crustal). Sur le plan méthodologique, il a fortement contribué au développement des outils géochimiques et géochronologiques. Il est auteur de 220 publications avec plus de 8500 citations et un index-h de 50. Il compte ainsi parmi les trois chercheurs d'origine chinoise les plus cités au monde. Il a plus largement servi les sciences de la Terre au niveau international en qualité de responsable de programmes (ILP, IGCP) et comme membre de comités éditoriaux de revues telles que Chemical Geology, Precambrian Research, Episodes ; il est depuis 2006 éditeur en chef du Journal of Asian Earth Sciences. Parmi les nombreuses distinctions internationales qui lui ont été décernées, citons sa nomination comme « Fellow » de plusieurs sociétés savantes (Mineralogical Society of America et Geological Society of America en 2004, Geochemical Society et European Association for Geochemistry en 2006. Il est chevalier dans l'Ordre des Palmes Académiques. Enfin, depuis juillet 2012, il est membre de l'Academia Sinica. Je voudrais enfin rappeler que Bor-Ming a formé un certain nombre de chercheurs français parmi lesquels se comptent des noms bien connus comme Hervé Martin, Catherine Chauvel, Gérard Gruau, Jean-Alix Barrat, Catherine Guerrot, et d'autres.

Le Prix Prestwich est attribué à Bor-Ming Jahn pour l'ensemble d'une carrière qui a contribué à promouvoir l'étude des domaines archéens et pour des travaux dans les domaines de la géochronologie et de la géochimie qui ont acquis une très grande renommée internationale. Il a de plus été un des initiateurs du renouveau des études de l'Archéen en France, pays d'adoption auquel il montre toujours un fort attachement.

 

Lauréat 2013 du Prix Viquesnel : Claudio Faccenna

Après un diplôme en sciences de la Terre à l'Université La Sapienza à Rome, Claudio a soutenu un doctorat dans la même université en 1993 avec un sujet portant sur les relations entre décrochements et failles normales dans les bassins néogènes des Apennins. Il a passé ensuite trois années en séjour postdoctoral à Paris VI puis à Géosciences Rennes. Il est actuellement professeur au département des sciences géologiques de l'Université Roma Tre.

Claudio est un géologue de terrain, spécialiste en géologie structurale, qui a bifurqué vers la modélisation et s'est imposé dans la communauté internationale des géodynamiciens par une approche originale de la déformation des continents ainsi que de la subduction et de ses effets sur les flux mantelliques. La vision que nous avons aujourd'hui de la dynamique méditerranéenne doit beaucoup aux expériences analogiques qu'il a conduites à Roma Tre dans son laboratoire, un laboratoire qui est aujourd'hui l'une des références mondiales dans le domaine.

Claudio affiche un brillant palmarès. Mentionnons qu'il est auteur de 124 publications, de plusieurs cartes géologiques, qu'il a été une des chevilles ouvrières de la création du Laboratoire de sciences de la Terre de l'Université Roma Tre maintenant considérée comme un des meilleures d'Italie, seulement vingt ans après sa création, qu'il a été Professeur invité dans de nombreuses universités, ce qui ne l'a pas empêché de s'investir dans la gestion de la recherche au service de la communauté, notamment : responsable de programme Erasmus dans son université, membre du conseil scientifique de l'INGV, coordinateur de projet européen parmi lesquels on peut citer TOPOMOD, membre de comité d'édition de nombreuse revues scientifiques (Geocaceta, Lithosphere, Geodinamica Acta), éditeur associé à Tectonics et à Italian Journal of Geosciences. Cette intense activité lui vaut une reconnaissance européenne puisqu'il est aujourd'hui membre de l'Academia Europeae et qu'il a reçu la Médaille Galileo Galilei pour les sciences de la Terre en 2010. Enfin, il est important de rappeler que Claudio a formé plus d'une quinzaine de doctorant parmi lesquels des étudiants français.

Le prix Viquesnel est remis à Claudio Faccenna pour un parcours qui l'a conduit à devenir l'une des personnalités marquantes du monde de la tectonique actuelle, notamment par l'école de pensée qu'il a développée sur la géodynamique méditerranéenne. Il a de plus été très présent dans les universités françaises et a contribué à la formation de jeunes chercheurs français.

 

 

Lauréat 2013 du Prix R. Barbier : Michel Cuney

Michel Cuney est actuellement directeur de recherche CNRS au Laboratoire Géoressources à Nancy. Sa carrière a commencé en 1972 par un séjour à l'Université de Göttingen dans le laboratoire du Professeur H.G.F. Winkler, où il s'est prix d'un profond intérêt scientifique pour l'étude du fractionnement des éléments au cours des processus magmatiques et métamorphiques. S'en est suivi une thèse de spécialité en 1974 sur le gisement d'uranium des Bois Noirs (Massif Central) puis un doctorat d'Etat en 1981 sur le « Comportement de U et Th au cours du métamorphisme. Rôle de l'anatexie dans la genèse des magmas riches en radioéléments ». C'est resté le fil conducteur de sa carrière qui l'a amené à devenir le grand spécialiste international du comportement de l'uranium et du thorium.

Je vais simplement rappeler quelques faits marquants de la carrière de notre lauréat. Outre qu'il affiche un nombre de publications impressionnant (plus de 200 publications dont 115A, 13 chapitres d'ouvrages), je voudrais rappeler que Michel a également été Chef du projet Echassières dans le programme Géologie Profonde de la France, qu'il s'est intéressé au stockage en profondeur des déchets radioactifs, qu'il a formé une vingtaine de doctorants et à ce titre a contribué à constituer l'ossature des compétences géologiques d'Areva depuis la fin des années 90, qu'il est depuis de nombreuses années expert de l'IAEA, a été expert auprès de l'OCDE et membre d'un prestigieux comité d'expertise issu de la National Academy of Sciences américaine. Il a été conseillé éditorial pour le Bulletin de la SGF et la Chronique de la Recherche minière ; il est actuellement Editeur associé de Mineralium Deposita et de l'American Mineralogist. Il a été élu Fellow de la Society of Economic Geology (SEG) en 2010, et il est le seul chercheur français à avoir été Thayer Lindsley Lecturer de la SEG. Il vient tout récemment d'obtenir la Newmont Gold Medal pour 2013 de la SGA, médaille qui lui sera remis prochainement à Uppsala. En somme Michel est tout à fait dans la lignée de ce que Reynold Barbier avait réalisé à Grenoble : irriguer l'industrie grâce à une recherche scientifique de grande qualité.

Le Prix R. Barbier est remis à Michel Cuney pour une carrière toute dédiée à la géologie de l'uranium au service de l'industrie et qui l'a conduit à devenir l'une des figures les plus éminentes et internationalement reconnues de la métallogénie française.

 

Lauréate 2012 du Prix de Lamothe : Isabelle ROUGET

Nous allons remonter un peu dans le temps pour remettre le prix de Lamothe 2012 à sa Lauréate, Isabelle Rouget, puisque pour diverses raisons cela n'avait pu être fait l'an dernier.

Isabelle a soutenu sa thèse devant l'université de Bourgogne à Dijon en 2002 avec un mémoire intitulé: « Reconstruction phylogénétique chez les ammonites : confrontation des approches cladistiques et stratigraphiques. Le cas des Dayiceras (Ammonitina, Eoderoceratoidea) ». Elle est actuellement Maître de Conférences en Paléontologie, à l'Université Pierre et Marie Curie, au Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements. Elle assure diverses responsabilités : membre du jury du concours de l'agrégation SVT, membre du comité scientifique de Geodiversitas. Elle s'est aussi très fortement investie dans la diffusion de la culture scientifique.

Isabelle est paléontologue stratigraphe avec une prédilection pour la paléobiologie et les ammonites. Elle est notamment l'auteur avec un de ses étudiants d'un article remarqué à Science, article dans lequel ils ont montré que l'un des plus grands groupes d'ammonites (Baculites) avait des mâchoires et une radula adaptées pour manger de petites proies présentes dans la colonne d'eau, comme le plancton. Cette découverte a permis de corriger la place qui était attribuée aux ammonites dans la chaîne alimentaire.

Le prix de Lamothe lui est remis pour l'excellence de ses travaux, pour une carrière au service de la recherche et de la formation, et pour sa grande ouverture aux autres.

 

Lauréate 2013 du Prix Van Straelen : Klervia Jaouen

Klervia Jaouen est diplômée de l'Ecole Normale Supérieure de Lyon et a préparé son doctorat au Laboratoire de Géologie de Lyon sous la direction de Vincent Balter, doctorat qu'elle a soutenu le 19 octobre 2012. Son mémoire de thèse est intitulé « Les isotopes des métaux de transition (Cu, Fe, Zn) au service de l'anthropologie ».

Klervia présente un travail pionnier à l'intersection de l'anthropologie et de la biogéochimie. Cette étude dédiée à la variabilité des compositions isotopiques des métaux de transition (Cu, Fe, Zn) dans le corps humain en vue de développer de nouvelles applications en paléoanthropologie (notamment pour la migration, le régime alimentaire, l'identification du sexe des populations) a été mené avec maitrise et dans une grande lucidité intellectuelle.

Klervia est actuellement au Max Planck Institut für Anthropologie à Leipzig. Mais elle a fait le déplacement et pourra donc nous dire quelques mots de ses travaux pour notre grand plaisir.

 

Lauréate 2013 du Prix Ami Boué : Julia Eychenne

Julia Eychenne est diplômée de l'ENSG et a préparé son doctorat au Laboratoire Magmas et Volcans à Clermont-Ferrand sous la direction de Jean-Luc Le Pennec, doctorat qu'elle a soutenu le 13 janvier 2012. Son mémoire de thèse est intitulé « Budget éruptif et origine des paroxysmes explosifs andésitiques en système ouvert : l'éruption d'août 2006 du Tungurahua en Equateur ».

Julia présente un travail d'une grande qualité formelle sur l'étude quantitative des retombées de tephra, sujet ayant des enjeux fondamentaux en volcanologie, notamment en termes de gestion des crises éruptives. Elle a centré son travail sur des aspects controversés mais cruciaux de la caractérisation des éruptions. Elle présente des données originales et stimulantes à partir de méthodes non traditionnelles qu'elle a développées dans un esprit indéniablement novateur.
Elle est actuellement en séjour postdoctoral à l'université d'Hawaï où elle travaille sur le Kilauea. Elle n'est donc pas présente aujourd'hui mais nous lui remettrons son prix à une autre occasion.